Cela remonte maintenant à l’hiver 1994. Curieux ! Je me souviens de ce voyage et de certains moments comme si j’y étais encore ! Pourtant le fait d’avoir écrit mes impressions juste au retour est une bonne chose. Je m’appuie sur du solide, du vrai, du vécu.
L’envie m’a prise de faire partager ces quelques moments de grâce, mon premier contact avec les Caraïbes. J’ai alors recherché des photos personnelles. J’en ai retrouvé peu. J’ai dû en perdre à l’occasion d’une petite exposition que j’avais faite. Alors j’ai sorti mes pastels et mes feutres et j’ai dessiné.
Voici quelques extraits illustrés :
KARUKERA : L’ILE AUX BELLES EAUX
Là-bas, en Guadeloupe, ils en sont peut-être encore au petit-déjeuner. Ici, en métropole, plus exactement à Nantes, j’ai terminé mon frugal repas de midi. Chez eux, nos frères créoles, le soleil se fait déjà sentir. Ici, c’est l’hiver, juste avant Noël. Là-bas, ça ressemble encore à l’été. Souvenirs …
La chaleur est déjà là, lourde et humide. Les estivants, comme des enfants choyés, dégustent alors les fruits exotiques présentés sur des buffets tendus de madras colorés et décorés des fleurs somptueuses du pays : alpinas, anthurium, héliconias,…
Là-bas, il est bientôt huit heures, ici, treize heures. Les variétés de thés et autres boissons proposées aident à nous désaltérer. Nous avons déjà vraiment soif. La luminosité importante révèle encore davantage la vivacité des couleurs.
Les jaunes sont bien jaunes,
profondément jaunes, les rouges des hibiscus, éclatants, plus forts me semble-t-il que les mêmes transplantés dans nos contrées, surtout en ce mois de décembre en métropole qui ne nous donne que du gris, et encore du gris. Je préfère garder au chaud, au fond de moi ces souvenirs de Guadeloupe où je m’y suis laissée conduire.
C’était en … 1994. Quinze ans, déjà !

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La nuit s’est installée tandis que nous patientions dans l’aéroport. Une lune argentée, en forme de croissant, scintille au-dessus des voûtes sombres des palmiers dont je devine la silhouette. Un air créole, entraînant et gai, diffusé dans le car, souligne à souhait l’identité du nouveau paysage que je devine plus que je ne vois réellement. Déjà, ainsi, dans la nuit, cela m’enchante.
Karukera, je t’aime déjà. J’aime ce bouleversement dans mes images.
Au détour des chemins, on peut apercevoir brièvement l’intérieur des petites maisons que nous croisons. Tous les personnages se découpent en figurines sombres, ombres dites chinoises. On voit bien les poses alanguies ou les gestes ébauchés rapidement. Ici, on finit peut-être de débarrasser la table, là, on discute entre soi, ou entre voisins, nonchalamment accoudés aux balustrades des maisons de bois. Plus loin, c’est un petit garçon en culottes courtes qui vient de sortir de la classe d’étude encore allumée. Il prend le chemin du retour en gambadant sur le trottoir. Puis il court vers sa maison.

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Ensuite, nous prenons la direction de la région des « Deux Mamelles » -- encore un exemple de leur vocabulaire souvent très imagé à connotation un peu enfantine. J’aime cette simplicité. Lorsque nous commençons à monter, nous apercevons des sortes de sapins acclimatés aux tropiques. Ils n’ont en fait plus grand chose à voir avec les nôtres. Leurs aiguilles sont très épaisses et leur vert bien plus jaune. Ils ressemblent plus à de grosses plantes grasses.
Nous ferons halte près d’une sorte de chalet auberge, détonnant avec le style des demeures que nous avions rencontrées jusqu’alors. L’endroit respire vraiment le bonheur de vivre : tout autour les montagnes, en contre bas un peu plus loin, la mer.
Soudain apparaît en se dandinant un petit chat noir et blanc. Je l’appelle du plus classique :
- Viens Minou !
Il fait des mines. Je m’aperçois alors qu’il a sur son flanc droit une tâche blanche relativement importante exactement de la forme… d’un coeur ! Je veux immédiatement le photographier. Il court encore l’animal !
Le peu de temps que j’ai passé dans cet endroit je l’ai partagé entre les deux petits enfants des propriétaires, adorables bambins de cinq et deux ans, très typés créoles, aux immenses yeux noirs doux, dont l’aîné m’expliquait, dans un français remarquable, ses préoccupations sur l’état déplorable des toilettes de son école… et le chat après lequel je courrais pour le prendre en photo.

